11 septembre, terrorisme, mondialisation, déclin tous azimuts... On a glosé tant et plus, ces dernières années, sur ces phénomènes. On s'alarme, on déplore - et, en France comme ailleurs, on ne sait plus regarder le monde que par le petit bout de la lorgnette. C'est un renversement fondamental qui s'est produit en vérité - et pas celui qu'on croyait. Ce à quoi nous assistons : un rééquilibre entre les forces apollinienne et dionysiaque dont parlait Nietzsche. Pour le pire ? Pas forcément. Cet essai n'est pas la énième jérémiade de la déclinologie ambiante, mais une tentative d'analyse de ce qu'est devenue notre modernité, et surtout une invitation, profonde, pleine d'humour et d'élégance, à l'accepter, à la célébrer pour ce qu'elle est : contradictoire, schizophrénique, sublime et fangeuse... En un mot, nous sommes revenus au « carnaval » païen. Alors, « américanisé », le monde ? Non. Brésilianisé, plutôt. Le Brésil, proverbiale terre de contrastes, est le vrai miroir allégorique de notre culture oscillant entre aspirations religieuses et violence inouïe, où la mort et le sexe, le faste et la misère se côtoient plus que jamais. Les Cassandre d'aujourd'hui hurlent à la peste, comme aux grandes épidémies d'autrefois ; ils ne voient pas que cette chute dans « l'ivresse de la catastrophe » est aussi un appel salutaire à une refonte de la pensée et de la culture moderne. Il est temps de redécouvrir, dans toute sa force, l'esthétique profondément morale de l'orgie - c'est-à-dire de la liberté.
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